La neutralité des plates-formes

Il est une question récurrente, quand on construit un espace participatif, sur le positionnement politique et la neutralité de la plate-forme. Certains diront, devant l’urgence, qu’il faut suivre ses convictions et agir, et qu’adopter un relativisme mou reviendrait à fuir le problème. Mais, avant d’agir, il faut en connaitre la direction.

Il existe plusieurs écoles pour définir une ligne directrice. D’aucuns diront qu’il est nécessaire d’éduquer, de transmettre l’information, d’aider le peuple à se forger un avis. C’est incontestablement vrai, personne sans documentation n’est capable de produire une décision censée.

Mais une question se pose alors, qui doit s’en charger ?

En effet, celui qui est chargé de documenter, le penseur, le philosophe, voire la personnalité médiatique, a le pouvoir d’influencer l’opinion, mais peut surtout la polariser autour de ses idées. Il sera l’émetteur d’idées, et le peuple devra donc les recevoir. Une des conséquences de cette façon d’organiser la vie publique est que l’avis général sera divisé entre ceux qui sont « pour » les idées de cette personnalité, et ceux qui sont « contre ».

Nous pensons donc, et l’avons détaillé dans nos articles précédents, que les idées, les actions doivent donc provenir des citoyens, au lieu d’être générées par un petit nombre. Pour ce faire, il est donc nécessaire de laisser un espace sans contraintes, ouvert à toute idée, de tout courant (dans les limites bien sur de la loi). Nous, l’équipe Democras, ne voulons pas créer une plate-forme pour nous substituer à ces grands penseurs et devenir nous-mêmes générateurs d’idées. Nous sommes en effet convaincus que, comme eux, comme vous, comme tout le monde, notre pensée et notre vision du monde est incomplète. Si l’on prête l’oreille aux nouvelles idées et que l’on ne se ferme pas l’esprit, on est souvent surpris par la pertinence d’idées que l’on trouvait au départ absurdes, ou dont on n’avait pas conscience de l’existence avant de les entendre. Les plates-formes non neutres, sous couvert de bonne volonté et de vouloir promouvoir une « bonne » vision du monde, vont donc se fermer à des idées pertinentes et reproduire ce schéma d’élaboration d’idées depuis une minorité éclairée vers une majorité qui devrait être dirigée vers la bonne direction.

Nous avons donc décidé de nous cantonner à un rôle de constructeur de plate-forme technique, sans jamais intervenir sur le contenu, sans jamais dire que tel ou tel membre ou avis est indésirable, sans jamais s’en servir pour promouvoir tel ou tel courant politique. Le seul juge de la pertinence d’une pensée sera la communauté, qui a travers des pouces verts, rouges, avis, opinion, actions, mouvements ou suivis de membres, va alimenter nos algorithmes qui se chargeront de mettre en valeur ce qui a été jugé par nos membres le plus pertinent. Cette façon de procéder, mélangeant neutralité et nouvelles technologies, a permis une l’émergence d’une communauté ou tout se dit, tout se débat, et où des solutions nouvelles émergent, solutions qui n’existent pas dans les supports traditionnels, trop fermés à la nouveauté car trop dépendants des grands penseurs, journalistes, politiques, chroniqueurs ou personnalités déjà installés.

Les réseaux sociaux et la polarisation de l’opinion

On est souvent emmené dans la vie à changer d’avis. Devant des nouveaux faits, un nouveau raisonnement, une nouvelle perspective, on peut en arriver à remettre en question ce que l’on était convaincu quelques mois auparavant d’être la réalité, en politique bien sur mais aussi sur d’autres sujets comme les sciences, la façon d’organiser sa vie voire même sur les relations avec ses proches. Il faut alors se demander si, puisque par le passé il nous est déjà arrivé de changer de conviction, qu’est ce qui nous dit que cela n’arrivera pas dans le futur ? C’est bien sur une possibilité, cela n’arrivera pas forcément, mais cela force à remettre régulièrement en perspective ce que l’on pense comme vrai. Il n’y a en effet rien de pire que de passer une partie de sa vie a pousser une idée pour s’en désolidariser plus tard.

Pourquoi est-ce que l’on rappelle cela ? Pour défendre l’idée que l’unique manière de jauger son avis et de ne pas sombrer dans l’idéologie est, sur chaque sujet, de toujours regarder les arguments de chaque côté. C’est une discipline de vie qu’il faut avoir, car éviter les articles contradictoires en pensant à l’avance qu’ils sont faux aboutit souvent à un enfermement. Et l’on en arrive ici au sujet des réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux et le contenu affiché

Les algorithmes des réseaux sociaux classiques sont faits pour nous recommander ce que l’on est susceptibles d’aimer. Cela part d’une envie de satisfaire l’utilisateur, si par exemple il aime bien les girafes, lui montrer des articles, vidéos, tweets ou autres posts sur les girafes a du sens. Le problème vient quand cela va sur les idées politiques. Cela vous est certainement arrivé de regarder une vidéo d’un penseur sur Youtube. Regardez ensuite les recommandations que vous fera le moteur, cela sera très souvent sur soit cette personnalité, soit des personnes de sa sensibilité, soit des vidéos allant dans son sens.

A cela s’ajoute l’effet des de communautés sur les réseaux sociaux. Étudiées par de nombreux sociologues, elles sont formées naturellement par des utilisateurs partageant le même avis sur un ou plusieurs sujets et désirant échanger. Mais, une fois formées, elles ne vont attirer que des utilisateurs partageant le même avis – un groupe « Les girafes sont magnifiques » n’attirera pas les utilisateurs trouvant ces animaux répugnants -. On voit donc beaucoup par exemple sur Facebook des groupes de partages d’informations politiques, sur Twitter des groupes par messages privés de partages d’idées ou comptes se suivant par affinités politiques. Ces groupes là ne vont, par nature, uniquement partager des informations – posts, photos, vidéos, avis, sondages, etc.. – favorisant leur idée ou leur candidat à une quelconque élection, et c’est d’ailleurs bien normal. Mais si c’est l’unique chose que voit un internaute quand il va sur son ordinateur, pendant une semaine, un mois, voire un an, la probabilité qu’il s’aveugle et en vienne à ignorer complètement les idées opposées à sa communauté est forte.

La polarisation des opinions

Ces deux effets combinés aboutissent à une concentration d’un contenu militant sur les personnes déjà convaincues. On en vient à penser justement que son opinion est vraie, universelle, car appuyée par pléthore d’images et témoignages vus sur la toile, en oubliant que si l’on a justement vu ces images et témoignages en particulier, c’est parce qu’on a choisi de rejoindre telle communauté qui l’a partagé ou que l’on a vu auparavant du contenu similaire. Des « bulles » apparaissent, convaincues de leur unique bonne foi, ne se comprenant pas, ne communiquant pas. Aujourd’hui, elles s’affrontent à coup de reposts/retweets, de manifestations engagées, parfois d’insultes. Et demain ?

 

Des faiblesses de la communication verbale

Tout le monde a déjà assisté à un débat interminable et très animé entre plusieurs protagonistes développant au fur et à mesure de l’étalement de leurs désaccords une animosité réciproque. Ce genre de communication n’en est pas une; il est extrêmement rare que ces personnes changent d’avis au cours de route. Les mécanismes derrière cela sont bien connus, surdité aux arguments de l’autre, émotion forte associée à des idées, parfois mauvaise énonciation des raisonnements, etc.. Néanmoins, dire que toute communication est vaine serait exagéré. Quand les protagonistes sont tous de bonne volonté et sur un avis constructif, les avis peuvent converger. Plusieurs conditions sont nécessaires:

  • Des personnes à l’esprit reposé faisant des efforts pour se comprendre
  • Du temps
  • Une relative connaissance des sujets, afin de pouvoir distinguer le vrai du faux

Ces conditions peuvent être remplies dans certains cas précis, mais sont pratiquement irréalisable pour ce qui relève du débat public. Deux personnes peuvent discuter et tomber d’accord, dix personnes peuvent organiser une réunion et se synchroniser mais doivent limiter le temps de parole de chacun, cinquante personnes extrêmement synchronisées peuvent imaginer un système de mise en commun des idées, mais mille personnes n’arriveront jamais à tomber d’accord sur tous les sujets, alors imaginez des millions. L’expérience pratique de la réalité est trop diverse, et trop ancrée chez tout un chacun. Un individu ayant vécu des dizaines d’années attaché à une vision du monde n’en changera pas facilement.

La représentativité

Traditionnellement, ces problèmes sont résolus en France par la représentativité. Des jeux d’élections se mettent en place, élisant avec plus ou moins d’efficacité par un jeu complexe de partis, de compromis, et d’alliances des représentants, pouvant être chargés de gouverner, de protester, d’organiser, mais étant au final chargés de représenter, de s’approprier le débat public afin qu’il soit réduit à un faible nombre de personnes et devienne gérable. Les débats des émissions télévisées, les avis de telle ou telle personnalité dans les journaux, à la radio, voire sur internet deviennent le débat public, et le rôle de chaque citoyen est de choisir la ou les personnalités qu’il préfère afin de la promouvoir, ce qui peut être fait par le vote, mais aussi en en parlant à ses connaissances, en écrivant sur ses idées, ou en utilisant les outils communautaires d’internet comme les réseaux sociaux. Les personnalités, de leur côté, feront en sorte de suivre les opinions du grand nombre, afin de lisser leur discours et de le rendre acceptable par le plus de personnes possible.

Ce système, s’il résout les problèmes de la communication humaine, présente plusieurs désavantages :

  • Les citoyens, au lieu de s’exprimer idée par idée, doivent choisir entre un « pack d’idées » et un autre
  • Le système est conditionné à la bonne volonté d’une minorité. Quand les représentants décident de faire preuve d’intégrité, cela ne pose pas de problème, mais s’ils en décident autrement, le système se retrouve bloqué
  • Le citoyen est observateur et non acteur. Ce n’est pas lui qui va générer la nouvelle idée, mais le représentant. Le citoyen devra choisir entre tout le choix qui lui est proposé, mais ne pourra que très difficilement pousser une nouvelle idée ou émettre une suggestion.
Les nouvelles technologies

Au temps de la radio et de la télévision, ce système est apparu comme adapté. Au temps de l’informatique et d’internet, on peut se demander s’il est toujours adapté. En effet, les ordinateurs sont capables de recueillir les opinions de tout un chacun. Ils le font depuis très longtemps, d’abord sur les chats, puis sur les forums, aujourd’hui sur les réseaux sociaux et demain sur la réalité virtuelle. Mais on ne peut que constater que, pour le moment, tout est éparpillé. Donnez votre avis sur un commentaire d’article, vous avez 99,99% de chances qu’il n’influence personne et finisse dans les tréfonds d’internet. Créez un mouvement sans être déjà connu, il n’atteindra jamais ceux que ça pourrait intéresser, si vous n’investissez pas des milliers d’euros en publicité. Organisez une action, il vous sera très difficile de trouver des gens pour y participer, alors même que l’immense majorité des citoyens se demande désespérément comment changer les choses et ne trouvent d’autre réponse que des discours des célébrités.

 

Ouverture du blog de Democras.com

Bonjour à tous !

Nous créons aujourd’hui ce blog afin de vous tenir au courant des dernières nouvelles pour tenir au courant de la vie du portail, des nouveautés, et des possibilités d’amélioration auxquelles on pense.

On compte aussi y relayer des événements auxquels on assiste. En effet, de nombreux colloques, réunions et autres conférences sont organisées autour de la participation et la démocratie digitale, et il nous tient à cœur de les faire découvrir.

Enfin, on y parlera de sujets liés à la représentativité pour mieux expliquer l’ADN de notre portail, les motivations qu’il y a derrière et les problèmes auxquels il répond.

 

Bonne lecture !